Je suis SBF (Sans Bureau Fixe)

Comme je l’avais déjà relaté dans un précédent article [voir le post Donner des cours en thèse !], je n’étais pas vraiment attendue à l’Université Lyon 2. Alors forcément, quand j’ai demandé si je pouvais m’installer quelque part pour bosser entre 2 cours, ou tout simplement poser mon cartable de 36 kg, j’ai vu la personne en face de moi se figer telle la loutre sur son rocher en train de se faire sécher les poils au soleil dans la baie de San Francisco. Une doctorante qui veut travailler à la fac alors qu’on lui dit qu’elle peut rester toute la journée en pyjama chez elle pourvu qu’elle se lève assez tôt pour donner ses cours (qu’elle peut aussi préparer en pyjama …) !!! Il ne manquait plus que ça, j’vous jure, on aura tout vu …

J’ai donc eu l’honneur de m’installer en salle recherche, que l’on pourrait aussi appeler « salle vide ou presque », la recherche se limitant à quelques mémoires version papier et 3 bouquins se battant en duel. Au milieu de tout cela, une graaaaaaaaaaaaaande table de réunion avec plein de chaises autour. J’ai aussi un tableau et un paper board au cas où je voudrais faire un brainstroming avec moi-même. Le mieux dans cette salle, c’est que je peux m’enfermer, et personne ne saura jamais que je suis là, à part les femmes de ménage qui boivent le café ici et qui malheureusement se sentent obligées de partir, me laissant seule dans cette grande salle vide.

Malgré la solitude qui est une composante majeure dans le travail du doctorant, je prépare mes cours dans cette grande salle, quand vers midi, la faim me tenaille. Je laisse donc mes affaires (le bonheur de ne pas trimbaler mon sac  🙂 ) , et claque la porte de la salle qui se ferme automatiquement. Je m’achète un super sandwich, un Mars et ça repart ! Hop, retour dans ma salle presque vide. Ah mais non, je n’ai pas la clé, il faut que j’aille la chercher au secrétariat, que j’ouvre la porte et que je la ramène au secrétariat. Entre-temps, je ne dois parler à personne car la porte de ma salle presque vide est ouverte et mes affaires (sac à main, PC, cours : l’essentiel de ma vie quoi…) sont dedans. En plus, on m’a dit qu’il y avait eu un vol l’année dernière dans  cette salle. Je me branche donc en mode « oeillères » pour aller rendre la clé et retourner dans ma salle presque vide illico presto. Pour éviter ce manège, je demande si je peux avoir une clé, même pour la journée, mais apparemment, c’est un objet vénéré par les Dieux de l’Icom, et de fait, il ne peut pas être prêté à n’importe qui. Le pire, c’est que la même comédie se reproduit quand je veux aller à la BU emprunter un livre, ou lorsque je veux descendre aux toilettes. J’ai l’impression de retourner à la maternelle et de devoir demander la permission d’aller faire pipi … Le jour où ça m’a le plus gonflée, c’est lorsque la personne détentrice des clés était absente : la clé-Graal était trouvable nulle part et j’ai passé une bonne partie de mon temps dans le couloir à attendre. Le jour où j’ai été le plus dépitée, c’est quand cette même personne, lorsque je lui demande la clé, me dit qu’il y a déjà un doctorant dans la salle. Je me réjouis d’avoir enfin de la compagnie jusqu’à ce que le doctorant me dise tout naturellement qu’elle lui a confié la clé, A LUI. Formidable, je me sens comme une loutre abandonnée sur son rocher en train de subir le vent glacial dans la baie de Chicago 😦 Dépit …

Un jour, un miracle se produisit : on m’a proposé de m’installer dans un des bureaux des profs, sachant qu’il y avait un bureau qui était occupé uniquement les mercredis et jeudis. Formidable, je pouvais donc l’occuper entre mes cours les lundis et mardis. Waouh, enfin des moments de sociabilisation avec des êtres humains qui parlent la même langue que moi (dans mon entourage, ça ne choque personne que les étudiants ne connaissent pas Renaudot …). Je n’ai toujours pas de clé, mais là c’est moins grave parce qu’il y a presque toujours quelqu’un dans les bureaux. Sauf hier, où il a fallut que j’aille chercher la clé au secrétariat. Le problème, c’est quand je suis allé la reprendre pour fermer alors que je partais (car ici il faut fermer avec la clé), j’ai cru avoir commis un crime de haute trahison : j’avais trahi la caste des doctorants en allant m’installer dans un bureau réservé aux Maitres de conférence et professeurs, ceux qui ont déjà passé leur thèse !

Je me dis que tout cela ressemble un peu à un combat de cour de récré, et que c’est bien terre à terre par rapport à un travail de thèse. Mais si en travaillant dans le domaine des  Sciences Humaines et Sociales nous ne nous préoccupons pas des rapports humains, qui le fera ? 

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